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Tu es belle, ma mère Pour mon père Le brouillard
Liberté Muguet Ponctuation
Bleu et blanc L'écureuil et la feuille Les poules
Mon petit chat Que de feuilles ! Le monde était à lui
Etre poète Le bonnet d'or Le boeuf
Il a neigé La paix La grille est toute blanche
Décembre Rien que ce mur Le petit lapon
Ne cherchez pas Joie de vivre L'enfant et le tilleul
Fantaisie


Tu es belle, ma mère
Tu es belle, ma mère,
Comme un pain de froment.
Et, dans tes yeux d'enfant,
Le monde tient à l'aise.

Ta chanson est pareille
Au bouleau argenté
Que le matin couronne
D'un murmure d'abeilles.

Tu sens bon la lavande,
La cannelle et le lait;
Ton coeur candide et frais
Parfume la maison.

Et l'automne est si doux
Autour de tes cheveux
Que les derniers coucous
Viennent te dire adieu.
Liberté
Prenez du soleil
Dans le creux des mains,
Un peu de soleil
Et partez au loin!

Partez dans le vent,
Suivez votre rêve;
Partez à l'instant,
la jeunesse est brève !

Il est des chemins
Inconnus des hommes,
Il est des chemins
Si aériens !

Ne regrettez pas
Ce que vous quittez.
Regardez, là-bas,
L'horizon briller.

Loin, toujours plus loin,
Partez en chantant !
Le monde appartient
A ceux qui n'ont rien.
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Pour mon père
Mon père aimé, mon père à moi,
Toi qui me fais bondir
Sur tes genoux
Comme un chamois,

Que pourrais-je te dire
Que tu ne sais déjà ?
Il fait si doux
Quand ton sourire
Éclaire tout
Sous notre toit!

Je me sens fort, je me sens roi
Quand je marche à côté de toi.

Le brouillard
Le brouillard a tout mis
Dans son sac de coton;
Le brouillard a tout pris
Autour de ma maison.

Plus de fleurs au jardin,
Plus d'arbres dans l'allée,
La serre du voisin
Semble s'être envolée.

Et je ne sais vraiment
Où peut s'être posé;
Le moineau que j'entends
Si tristement siffler.
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Muguet
Cloches naïves du muguet,
Carillonnez ! car voici Mai !

Sous une averse de lumière,
Les arbres chantent au verger,
Et les graines du potager
Sortent en riant de la terre.

Carillonnez ! car voici Mai !
Cloches naïves du muguet !

Les yeux brillants, l'âme légère,
Les fillettes s'en vont au bois
Rejoindre les fées qui, déjà,
Dansent en rond sur la bruyère.

Carillonnez ! car voici Mai !
Cloches naïves du muguet !
Ponctuation
- Ce n'est pas pour me vanter,
        Disait la virgule,
Mais, sans mon jeu de pendule,
Les mots, tels des somnambules,
Ne feraient que se heurter.

- C'est possible, dit le point.
        Mais je règne, moi,
Et les grandes majuscules
Se moquent toutes de toi
Et de ta queue minuscule.

- Ne soyez pas ridicules,
        Dit le point-virgule,
On vous voit moins que la trace
De fourmis sur une glace.
Cessez vos conciliabules.

Ou, tous deux, je vous remplace !
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Bleu et blanc
Un petit chat bleu
Semé de pois blanc
Vit un gros rat blanc
Semé de pois bleus.

Leurs mignonnes queues
Différaient de peu.

Oui mais seulement
Le nez du chat bleu
Etait tout tout blanc,
Le nez du rat blanc
Etait tout tout bleu.

Leurs joues et leurs yeux
Différaient de peu.

Oui mais seulement
Un cil du chat bleu
Etait tout tout blanc,
Un cil du rat blanc
Etait tout tout bleu.

A cause de ce peu,
De ce tout petit peu
De blanc et de bleu,
Ils continuèrent
A se faire la guerre.
L'écureuil et la feuille

Un écureuil, sur la bruyère,
Se lave avec de la lumière.

Une feuille morte descend,
Doucement portée par le vent.

Et le vent balance la feuille
Juste au-dessus de l'écureuil ;

Le vent attend, pour la poser
Légèrement sur la bruyère,

Que l'écureuil soit remonté
Sur le chêne de la clairière

Où il aime à se balancer
Comme une feuille de lumière.
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Les poules
Il y a des poules qui sont blanches ;
Je les nourris le dimanche.
Il y a des poules qui sont noires ;
Je leur conte des histoires.
Il y a des poules qui sont brunes
Avec des reflets de lune.
Moi, j'ai de jolis yeux bleus,
Du soleil dans les cheveux
Et je ris comme une prune
Que balance un vent joyeux.
On m'appelle "la poulette"
Et c'est moi la plus douillette,
Gaie comme une bergerette.
Oui, c'est moi, en rouge, en bleu,
Que ma mère aime le mieux.
Mon petit chat
J'ai un petit chat,
Petit comme ça.
Je l'appelle Orange.

Je ne sais pourquoi
Jamais il ne mange
Ni souris ni chat.

C'est un chat étrange
Aimant le nougat
Et le chocolat.

Mais c'est pour cela,
Dit tante Solange,
Qu'il ne grandit pas.
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Que de feuilles !
       Que de feuilles
Pour une allée d'arbres,
       Que de deuils
Pour un peu de marbre !

       Quelle foule
Pour quelques amis,
       Quelle houle
Pour un coeur promis !

       Que de jours
Pour faire une pomme,
       Que d'amour
Pour mûrir un homme !
Le monde était à lui
Une table, deux ou trois chaises,
Un pain dans le fond d'une arnoire,
Un bol où il buvait à l'aise,
Un couteau, un crucifix noir,
C'était là toute sa fortune.
Mais, sous le velours de la lune
Qui tapissait tout son réduit,
Le monde entier était à lui.
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Etre poète
A qui rêve d'être poète,
Dieu donne un tranquille visage,
Des mains patientes et sages,
Une pensée si inquiète,
Si humble en son repli sur soi
Qu'elle comprend l'âme des bêtes
Et un coeur sans bornes, sans âge
Où, comme en des grottes profondes,
Toutes les douleurs se répondent.
Le bonnet d'or
J'ai mis le bonnet d'or
Du soleil sur la tête...
Et de travers encor.
Ouvrez-vous, les fenêtres !
Eclatez haut, les cors !
Sonnez clair, les trompettes !
J'ai mis le bonnet d'or
Du soleil sur la tête.
Je puis tout me permettre.
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Le boeuf
Que voyait-il au fond du pré,
Ce boeuf qui restait là, figé,
A regarder, halluciné,
Un buisson d'églantiers ?

Il n'y avait pas un oiseau,
Pas l'ombre d'un nuage,
Pas de vent qui, sur le coteau,
Eût fait trembler un seul branchage.

Que voyait-il, que nul ici
Ne pouvait même deviner,
Pour demeurer halluciné
Devant ce buisson d'églantiers?
Il a neigé
Il a neigé dans l'aube rose,
Si doucement neigé
Que le chaton noir croit rêver.
C'est à peine s'il ose
Marcher.

Il a neigé dans l'aube rose
Si doucement neigé
Que les choses
Semblent avoir changé

Et le chaton noir n'ose
S'aventurer dans le verger
Se sentant soudain étranger
A cette blancheur où se posent
Comme pour le narguer,
Des moineaux effrontés.

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La paix
Donc l'enfant dessina le roi
Avec un splendide uniforme,
Puis des bataillons de soldats
Avec le fusil sur l'épaule.

Il mit, devant eux, des canons
Montés sur des chariots énormes
Et, tout au dessus, des avions
Effrayants comme des fantômes.

Ensuite, il s'écria : " je suis
La paix ! "Alors, dans son étui,
Il prit sa gomme préférée.

Et, de quelques coups vigoureux,
Il effaça toute l'armée
Et ajouta "Béni soit Dieu!"
La grille est toute blanche
La grille est toute blanche
Et le perron tout rose.
Un vent clair y balance
Un rosier plein de roses

Et les pigeons sont blancs
Sur les ardoises bleues,
Un peu moins bleues pourtant
Que le bleu doux des cieux.

Le chèvrefeuille est jaune
Qui montre autour de l'aune,
Jaune aussi, le vieux faune.

Mais près de l'arrosoir
Vert, vert à n'y pas croire,
Le chat, lui, est tout noir.
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Décembre
Décembre, avec vos trois rois mages,
Notre crèche en papier doré
Et vos sapins émerveillés,
Dites, seriez-vous cette étoile
Si perdue qu'on a peine à croire
Que c'est du plus obscur de l'ombre
Que Jésus, tout nu, bleu de froid,
S'est un jour levé sur le monde
Avec le soleil dans les bras ?
Rien que ce mur
Rien que ce mur et ce chemin
Et, autour de moi, un matin
Qui a l'odeur dorée du pain.
L'ombre d'un oiseau sur le mur,
L'écho d'un pas sur le chemin.
Douceur faite de petits riens,
De mots caressants dont je doute.
Dans ce calme et tendre matin,
Rien que ce mur et ce chemin.
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Le petit lapon
Je n'ai jamais vu de lama,
De tamanoir ni de puma.

Je n'ai pas été à Lima,
Ni à Fez, ni à Panama.

Je ne possède ni trois-mâts,
Ni charette, ni cinéma.

Je ne suis qu'un petit Lapon,
Qui sculpte de petits oursons.

Avec un os, dans un glaçon.
Ne cherchez pas
Un homme de bois épousa
Une femme de pierre.
Ils eurent des enfants, ma foi,
Vous ne devinez guère
En quoi :
En bronze, en chêne, en cuivre, en fer ?
Ne cherchez pas.
Vous ne trouveriez pas.
Ils eurent, après cent trois mois,
Des enfants, tous en chocolat.
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Joie de vivre
Une étroite fenêtre ouverte
Sur un jardin aux lignes pures.
Sous l'arceau d'une plante verte,
Une fillette qui adjure
La poupée de rester couverte.

Le jour qui vient de s'éveiller
Ne cesse de s'émerveiller.
Et c'est toute la joie de vivre
Que le vent, de son crayon bleu,
Note sur le livre des cieux.
L'enfant et le tilleul
Cette petite enfant croyait
- Quand elle chantait toute seule
       Dans le fond du jardin -
Que personne ne l'écoutait.
Mais elle oubliait le tilleul
       A qui le vent prêtait
       La longue flûte verte,
Le tilleul qui se croyait seul
Lui aussi au coeur de l'été.
Et les étoiles, sur le bord
Bleu du ciel, se penchaient si fort
       Pour mieux les écouter
       Qu'on les voyait tomber
Toutes luisantes par milliers
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Fantaisie
L'homme habitait un quart de pomme ;
La femme, un huitième de poire.
Leur vieille cousine Opportune
Vaquait dans une demi-prune.
Il y avait monsieur Léon
Qui débordait d'un gros citron
Et sa soeur, madame Emérence,
Qui emplissait toute une orange.
Quant à moi, chétive fillette,
Je tenais dans une noisette
Et, comme je n'étais pas grosse,
Il arrivait, les jours de fête,
Que je m'y déplace en carrosse.
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