
Tu es belle, ma mère,Tu es belle, ma mère Comme un pain de froment. Et, dans tes yeux d'enfant, Le monde tient à l'aise. Ta chanson est pareille Au bouleau argenté Que le matin couronne D'un murmure d'abeilles. Tu sens bon la lavande, La cannelle et le lait; Ton coeur candide et frais Parfume la maison. Et l'automne est si doux Autour de tes cheveux Que les derniers coucous Viennent te dire adieu. |
LibertéPrenez du soleil Dans le creux des mains, Un peu de soleil Et partez au loin! Partez dans le vent, Suivez votre rêve; Partez à l'instant, la jeunesse est brève ! Il est des chemins Inconnus des hommes, Il est des chemins Si aériens ! Ne regrettez pas Ce que vous quittez. Regardez, là-bas, L'horizon briller. Loin, toujours plus loin, Partez en chantant ! Le monde appartient A ceux qui n'ont rien. |
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Le brouillardLe brouillard a tout mis Dans son sac de coton; Le brouillard a tout pris Autour de ma maison. Plus de fleurs au jardin, Plus d'arbres dans l'allée, La serre du voisin Semble s'être envolée. Et je ne sais vraiment Où peut s'être posé; Le moineau que j'entends Si tristement siffler. |
MuguetCloches naïves du muguet, |
Ponctuation- Ce n'est pas pour me vanter, Disait la virgule, Mais, sans mon jeu de pendule, Les mots, tels des somnambules, Ne feraient que se heurter. - C'est possible, dit le point. Mais je règne, moi, Et les grandes majuscules Se moquent toutes de toi Et de ta queue minuscule. - Ne soyez pas ridicules, Dit le point-virgule, On vous voit moins que la trace De fourmis sur une glace. Cessez vos conciliabules. Ou, tous deux, je vous remplace ! |
Un petit chat bleuBleu et blanc Semé de pois blanc Vit un gros rat blanc Semé de pois bleus. Leurs mignonnes queues Différaient de peu. Oui mais seulement Le nez du chat bleu Etait tout tout blanc, Le nez du rat blanc Etait tout tout bleu. Leurs joues et leurs yeux Différaient de peu. Oui mais seulement Un cil du chat bleu Etait tout tout blanc, Un cil du rat blanc Etait tout tout bleu. A cause de ce peu, De ce tout petit peu De blanc et de bleu, Ils continuèrent A se faire la guerre. |
L'écureuil et la feuille Un écureuil, sur la bruyère, Se lave avec de la lumière. Une feuille morte descend, Doucement portée par le vent. Et le vent balance la feuille Juste au-dessus de l'écureuil ; Le vent attend, pour la poser Légèrement sur la bruyère, Que l'écureuil soit remonté Sur le chêne de la clairière Où il aime à se balancer Comme une feuille de lumière. |
Il y a des poules qui sont blanches ;Les poules Je les nourris le dimanche. Il y a des poules qui sont noires ; Je leur conte des histoires. Il y a des poules qui sont brunes Avec des reflets de lune. Moi, j'ai de jolis yeux bleus, Du soleil dans les cheveux Et je ris comme une prune Que balance un vent joyeux. On m'appelle "la poulette" Et c'est moi la plus douillette, Gaie comme une bergerette. Oui, c'est moi, en rouge, en bleu, Que ma mère aime le mieux. |
Mon petit chatJ'ai un petit chat, Petit comme ça. Je l'appelle Orange. Je ne sais pourquoi Jamais il ne mange Ni souris ni chat. C'est un chat étrange Aimant le nougat Et le chocolat. Mais c'est pour cela, Dit tante Solange, Qu'il ne grandit pas. |
Que de feuillesQue de feuilles ! Pour une allée d'arbres, Que de deuils Pour un peu de marbre ! Quelle foule Pour quelques amis, Quelle houle Pour un coeur promis ! Que de jours Pour faire une pomme, Que d'amour Pour mûrir un homme ! |
Le monde était à luiUne table, deux ou trois chaises, Un pain dans le fond d'une arnoire, Un bol où il buvait à l'aise, Un couteau, un crucifix noir, C'était là toute sa fortune. Mais, sous le velours de la lune Qui tapissait tout son réduit, Le monde entier était à lui. |
A qui rêve d'être poète,Etre poète Dieu donne un tranquille visage, Des mains patientes et sages, Une pensée si inquiète, Si humble en son repli sur soi Qu'elle comprend l'âme des bêtes Et un coeur sans bornes, sans âge Où, comme en des grottes profondes, Toutes les douleurs se répondent. |
Le bonnet d'orJ'ai mis le bonnet d'or Du soleil sur la tête... Et de travers encor. Ouvrez-vous, les fenêtres ! Eclatez haut, les cors ! Sonnez clair, les trompettes ! J'ai mis le bonnet d'or Du soleil sur la tête. Je puis tout me permettre. |
Que voyait-il au fond du pré,Le boeuf Ce boeuf qui restait là, figé, A regarder, halluciné, Un buisson d'églantiers ? Il n'y avait pas un oiseau, Pas l'ombre d'un nuage, Pas de vent qui, sur le coteau, Eût fait trembler un seul branchage. Que voyait-il, que nul ici Ne pouvait même deviner, Pour demeurer halluciné Devant ce buisson d'églantiers? |
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Donc l'enfant dessina le roiLa paix Avec un splendide uniforme, Puis des bataillons de soldats Avec le fusil sur l'épaule. Il mit, devant eux, des canons Montés sur des chariots énormes Et, tout au dessus, des avions Effrayants comme des fantômes. Ensuite, il s'écria : " je suis La paix ! "Alors, dans son étui, Il prit sa gomme préférée. Et, de quelques coups vigoureux, Il effaça toute l'armée Et ajouta "Béni soit Dieu!" |
La grille est toute blancheLa grille est toute blanche Et le perron tout rose. Un vent clair y balance Un rosier plein de roses Et les pigeons sont blancs Sur les ardoises bleues, Un peu moins bleues pourtant Que le bleu doux des cieux. Le chèvrefeuille est jaune Qui montre autour de l'aune, Jaune aussi, le vieux faune. Mais près de l'arrosoir Vert, vert à n'y pas croire, Le chat, lui, est tout noir. |
Décembre, avec vos trois rois mages,Décembre Notre crèche en papier doré Et vos sapins émerveillés, Dites, seriez-vous cette étoile Si perdue qu'on a peine à croire Que c'est du plus obscur de l'ombre Que Jésus, tout nu, bleu de froid, S'est un jour levé sur le monde Avec le soleil dans les bras ? |
Rien que ce murRien que ce mur et ce chemin Et, autour de moi, un matin Qui a l'odeur dorée du pain. L'ombre d'un oiseau sur le mur, L'écho d'un pas sur le chemin. Douceur faite de petits riens, De mots caressants dont je doute. Dans ce calme et tendre matin, Rien que ce mur et ce chemin. |
Je n'ai jamais vu de lama,Le petit lapon De tamanoir ni de puma. Je n'ai pas été à Lima, Ni à Fez, ni à Panama. Je ne possède ni trois-mâts, Ni charette, ni cinéma. Je ne suis qu'un petit Lapon, Qui sculpte de petits oursons. Avec un os, dans un glaçon. |
Ne cherchez pasUn homme de bois épousa Une femme de pierre. Ils eurent des enfants, ma foi, Vous ne devinez guère En quoi : En bronze, en chêne, en cuivre, en fer ? Ne cherchez pas. Vous ne trouveriez pas. Ils eurent, après cent trois mois, Des enfants, tous en chocolat. |
Une étroite fenêtre ouverteJoie de vivre Sur un jardin aux lignes pures. Sous l'arceau d'une plante verte, Une fillette qui adjure La poupée de rester couverte. Le jour qui vient de s'éveiller Ne cesse de s'émerveiller. Et c'est toute la joie de vivre Que le vent, de son crayon bleu, Note sur le livre des cieux. |
L'enfant et le tilleulCette petite enfant croyait - Quand elle chantait toute seule Dans le fond du jardin - Que personne ne l'écoutait. Mais elle oubliait le tilleul A qui le vent prêtait La longue flûte verte, Le tilleul qui se croyait seul Lui aussi au coeur de l'été. Et les étoiles, sur le bord Bleu du ciel, se penchaient si fort Pour mieux les écouter Qu'on les voyait tomber Toutes luisantes par milliers |
L'homme habitait un quart de pomme ;Fantaisie La femme, un huitième de poire. Leur vieille cousine Opportune Vaquait dans une demi-prune. Il y avait monsieur Léon Qui débordait d'un gros citron Et sa soeur, madame Emérence, Qui emplissait toute une orange. Quant à moi, chétive fillette, Je tenais dans une noisette Et, comme je n'étais pas grosse, Il arrivait, les jours de fête, Que je m'y déplace en carrosse. |